Dix-neuvième vérité
Cher,
Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas écrit à ce faux correspondant qui ne lit jamais mes lettres. Mais que m'arrive-t-il? Je me croyais guérie… Pourtant, voilà que je recommence les mêmes bêtises qui m'ont fait perdre mon année de première et avec elle tout espoir de poursuite d'étude en art. Eh oui! Durant une année, l'esprit obnubilé par cet homme charmant que vous devez être, j'ai négligé entièrement mon travail. Si au lieu de vous écrire des lettres et des lettres, toutes plus stupides les unes que les autres, j'avais suivi les conseils de mes enseignants et passé plus de temps à dessiner, j'aurais progressé comme l'ont fait l'ensemble de mes condisciples. Comme je m'en veux! Et voilà que je recommence! Mais ici, tout est déjà perdu. Mon choix n'était pas si personnel que ça. Mais vous deviez vous en douter, non? C'est incroyable ce que des futilités peuvent nous pousser à faire! Cependant, qui sait si je n'avouerai pas tout cette fois? Ce serait drôle, n'est-ce pas? Un peu de courage, Marie!
J'ai hâte de vous voir seul à seul, c'est l'unique moyen pour moi d'envisager un aveu. C'est tellement ridicule. JE suis ridicule. Arriverais-je à m'échapper de cela un jour?
J'en ai assez de qui je suis. Je ne veux plus être ainsi. J'aimerais ne plus être du tout. Je m'ennuie.
Erotomane...


