Woolgathering

Épisode quatre

De Brontë prendre la suite... — Par eriam59 @ 17:31

  Les valises de William étaient soigneusement alignées près de la porte du studio. À quelques pas, le jeune homme jetait un dernier regard sur la pièce, avant de poser ses yeux sur le miroir accroché dans un coin du petit appartement, adressant un sourire mélancolique au reflet qu'il ne verrait plus. Alors qu'il s'apprêtait à enfiler sa veste, on sonna à la porte. Surpris, il alla ouvrir, se demandant qui pouvait bien venir à quelques heures de son départ. Sa surprise redoubla lorsqu'il vit sur le pallier Zoraïde, dont l'angoisse sembla s'envoler laissant place à une joie non dissimulée à la vue de William.

-      William! I hoped you haven't left yet. How are you? Can I come in?

-      Zoraïde… Of course, come in! But, I'm sorry, I don't have much time, I want to spend a little time with Edward before my returning to France…

-     Oh! So it's your D-Day today! dit Zoraïde, visiblement attristée mais essayant tout de même de garder un air enjoué

-      Yes! I go back home! ajouta William sans cacher sa joie.

Un silence gêné s'installa entre les deux amis. L'un et l'autre n'osait lever les yeux. Finalement, la jeune fille se tourna vers William et, d'un ton grave, lui dit:

-      You won't write me anymore...

-      Zoraïde! Why are you telling me that? You know it's wrong!

-   It isn't. You will pretext you have to work a lot, that no time is left to your taking care even of yourself...

-   Zoraïde! I won't say that!

-  You will!

-  Even if I don't reply as you say I will, what does it change? YOU can write me as much as you want, I will be glad to read you! 

William ne comprenait pas la réaction de Zoraïde. Il avait pensé qu'ils pourraient tous deux rester amis, mais il savait qu'il ne saurait pas répondre aux exigences de Zoraïde. Elle avait raison, même si William ne voulait pas l'admettre. Que pouvait-il y faire? Il n'avait jamais su tenir une correspondance durable, les choses ne changeraient-elles donc jamais? Sans qu'il ne puisse rien dire, il était déjà condamné à perdre cette amitié qui avait pourtant survécu à des débuts chaotiques... L'heure avançait et Edward devait déjà attendre, William dut mettre fin à l'entrevue.

-      I'm sorry Zoraïde, it's time for me to go. I really would have liked us to remain friends…

Zoraïde acquiesça et quitta la pièce. Avant de refermer la porte du studio, elle se tourna vers William et lui dit: 

-  I don't even have your address in France... 

Avant qu'il ne pût réagir, Zoraïde avait disparue. Alors, le cœur tout de même serré, William vérifia une dernière fois qu'il n'avait rien oublié, il enfila sa veste qui était restée dans ses mains le temps de la conversation, prit ses valises et sortit, ayant pris soin de déposer la clé en évidence sur le petit bureau du meublé.

Dehors, la pluie tombait, William savourait la sensation que lui procuraient ces gouttes fraîches sur son visage, lui qui les avait pourtant souvent maudites durant les nombreux mois qu'il avait passé en Angleterre.

Arrivé aux abords de leur café habituel, William vit Edward qui l'attendait dehors. Les deux jeunes hommes s'embrassèrent avant de rentrer dans le café où ils s'installèrent près de la porte. William ne savait que dire à son compagnon. Il était ravi de retourner chez lui, mais face à son ami qui le regardait avec passion, il avait l'irrésistible envie de rester à jamais dans ce café. Edward brisa finalement le silence.

-      So… There we are! Impatient de rentrer?

-      Oui… Mais tu vas me manquer. I'll miss you.

-      Que vas-tu faire quand tu rentres? s'enquit-il accompagné de son accent infaillible

-      I don't know… And you, what will you do after I am gone?

-      I'm thinking of you… répondit Edward

William sourit. La sensibilité de son compagnon l'amusait. Edward, malgré ses exigences affectives, n'avait vraiment rien du tyran de l'œuvre de Charlotte Brontë. The Professor… Maintenant qu'il était en passe de le devenir, ce mot semblait presque illusoire. Il avait laissé son livre à Zoraïde: une manière involontaire de rentrer dans la réalité désormais.

Alors que William se perdait dans ses pensées, Edward lui saisit tendrement les poignets. William resta un long moment les yeux plantés dans ceux d'Edward. Enfin, dans un souffle, se laissant envahir, peu à peu, par les émotions, il l'embrassa. Affectueusement, Edward finit par le repousser et lui dit:

-      You're going to miss your train…

-      Je ne veux plus partir, murmura William

-      Of course you do, my Professor… lui répondit Edward avec un clin d'œil

-      On s'appellera?

-      Et on s'écrira.

-      Non, s'écria William, on s'appellera et on se verra!

-      Only if you go, now!

Sans rien ajouter, poussé par son ami, William récupéra ses affaires et sortit. Dehors, la pluie faisait toujours rage. Il se hâta vers la gare. Arrivé, il composta son billet, pénétra dans le train et s'y installa, avant de regarder à l'extérieur par la fenêtre. Le regard vide tourné dans sa direction, William vit Zoraïde. Il hésita un instant. Le signal du départ retentit, le train s'ébranla. Il s'en rendit compte alors: Zoraïde n'avait plus aucun moyen de le joindre. Ils ne se verraient plus…


APARTÉ

Apartés — Par eriam59 @ 20:17

 X-Y

 Dans la pénombre de la pièce, on ne devine plus que ces deux corps blottis l'un contre l'autre. Leurs mains voyagent déjà le long de leurs formes angulaires et leur chair commence à s'animer. Elle sent les doigts de l'amant qui l'étreignent avec détermination et s'en gonfle de bonheur.

Tu te joues de ma personne et me fais sentir à quel point tu t'enorgueillis de l'avantage que je te laisse prendre sur moi. L'ensemble de mes muscles est aux aguets. Tout en toi me fait frissonner et ta puissante virilité me prend la mienne dans un élan de fureur passionnelle qui ne me laisse plus d'autre choix que celui de me plier à ta volonté. Alors que mes yeux essayent d'attraper les tiens si loin derrière moi, tes mains rudes sont agrippées à mes hanches et bientôt je ressens la douleur aiguë de notre rencontre qui m'emplit pourtant d'une joie profonde. Cet instant éphémère où ta fermeté agite mes sens est aussi doux que l'ensemble des caresses que tu me procures, qui enflamme ma chair et avec elle la force de notre passion. Les quelques éclats rougeoyants qui se perdent dans les plis de nos draps te rappellent ces joailleries dont tu fais aussi ta richesse. Enfin, tu m'abandonnes et l'impatience de nos baisers te ramène bientôt sous mon corps exsangue. Alors, retrouvant mon ardeur, je m'apprête à te remercier de ce que tu m'as offert et te laisser jouir des mêmes saveurs. Tes murmures et tes soupirs s'envolent dès lors mêlés aux miens dans les hauteurs de cette alcôve divine: Je t'aime… Mon ange…

Les mots tendres se cognent aux murs de la pièce. Le lit frémit. Les draps se cajolent. Les oreillers soupirent. Les deux hommes, perdus au milieu de cette passion, s'effleurent d'une violente douceur. Un par un, leurs muscles se détendent pour mieux se contracter la seconde suivante. L'air est empli de la sincérité de leur amour. Cette atmosphère jalousement nauséabonde me repousse et passionne mes sens. Je jette un dernier regard à leur Eden avant d'en refermer la porte doucement. J'abandonne ainsi cet improbable fantasme. Éternelle spectatrice, jamais je ne serai l'un d'eux, et pour toujours suis condamnée à la jouissive perfidie dissolue de mon rang.


Épisode trois

De Brontë prendre la suite... — Par eriam59 @ 13:58

Le signal d'entrée en gare retentit. Le jeune William, dont le livre ouvert était encore dans les mains, sourit à sa voisine, avec qui il était en train de discuter. Tous deux étaient arrivés à destination. Tout en rassemblant leurs affaires, ils continuaient leur discussion. William, d'un oeil discret, regarda l'autre jeune homme, assis deux sièges plus loin, qui s'apprêtait aussi à quitter le train. Il aurait bien voulu faire connaissance avec ce garçon mystérieux...

-       I have been very glad to meet you, William, dit Zoraïde.

-       So have I! Maybe we will meet again, some time!

-       We shall! If you're free, we can meet this afternoon on the town

-       Yes, we can, I'm free, lui répondit William, avec un clin d'œil.

-       I know a nice tearoom, on Main Street, Ye Old Bronte, would it please you? Unless you have another idea.

-       No I don't, your idea sounds very good! About 4 o'clock there?

-       It's okay! À tout à l'heure, envoya Zoraïde avec son profond accent anglais.

L'autre jeune garçon sourit à William dont il avait remarqué les regards insistants. Les trois jeunes personnes descendirent du train et prirent des chemins différents.

À l'heure du rendez-vous, William arriva au salon de thé. À sa surprise, Zoraïde ne s'y trouvait pas encore. Cependant, il s'installa à une petite table dans le fond de la pièce, sortit son livre et se mit à lire en attendant la venue de sa nouvelle amie. Lorsqu'elle arriva, elle se mit à rire. William leva les yeux.

- Still reading! s'exclama-t-elle,

- Yes, always reading! I love this novel! I have read it three times at least, and I still read it with the same pleasure! répondit William, avec un engouement non camouflé.

Zoraïde s'installa en face de lui, il posa son livre sur le coin de la table et ils entamèrent une discussion enjouée, abandonnant tour à tour leur langue maternelle. Soudain, William aperçut derrière la vitrine du salon de thé le garçon qu'il avait croisé dans le train le matin même. Ce jeune homme avait un certain charme et William se sentait de plus en plus attiré par ce garçon. Jamais encore il n'avait rencontré de jeune homme qui avait suscité autant son intérêt.

À l'appel de Zoraïde, qui avait remarqué son inattention, il sortit de ses pensées pour retrouver la conversation de la jeune fille. Tentant alors de captiver à nouveau William, celle-ci lui demanda:

- So, what this perfect novel is about?

- You mustn't sum up Charlotte Bronte's Professor! rétorqua avec un empressement amusé William, dont la passion venait d'être titillée.

- Oh! Then, what would you tell to have me in the mood for reading it?

- It's a beautiful story! I have wanted to become a teacher since I first read it, répondit-il en faisant glisser le livre vers Zoraïde, Take it! It's for you, ajouta-t-il.

- Une belle histoire… répéta la jeune fille, revenant à la langue de William.

William était ravi de pouvoir partager ses goûts avec quelqu'un d'autre. Il avait eu plusieurs fois l'occasion de discuter avec Zoraïde depuis son arrivée au détour des trains dans lesquels ils se croisaient fréquemment. La jeune fille avait alors gagné toute sa sympathie et son amitié. Mais William ne resterait pas très longtemps en Angleterre, quelques mois, certes, mais les jours passaient si vite! Cependant, il espérait garder un lien étroit avec cette rencontre étonnante. Alors que William prospectait en l'avenir, son amie se pencha vers lui d'un air grave, le regard sombre, et lui murmura:

-    What are you waiting for?

-   Pardon? Sorry! Sorry? Waiting for… What do you want? bégaya-t-il, surpris

-   Kiss me! Embrasse-moi!

-   Que je… Quoi? Non… No, I can't…. I… Tu... You're...

Elle ne pouvait pas avoir demander cela! William ne savait comment réagir. En un clin d'oeil, il avait vu s'effondrer devant lui tous ses espoirs d'amitié durable avec Zoraïde. À nouveau, il se sentait prisonnier, prisonnier de lui-même, prisonnier des exigences de ses fréquentations et de son destin... William reprenait peu à peu ses esprits, mais ce qu'il lui arrivait lui échappait toujours. Finalement, après un long moment, il finit par répondre à Zoraïde:

-         I'm sorry. I don't want, I don't desire it. You're very nice, but I don't feel like having something else than friendship. I really do want you as a friend. But I can't love you as you want me to do...

Abasourdie, Zoraïde fixait les yeux de William. Elle semblait avoir perdu tout sentiment. Mais son regard jurait avec l'expression de son visage qui révélait toute la déception et le regret qu'elle ressentait. Elle choisit enfin de récupérer son sac et le livre de William, de se lever et de fuir le salon de thé.

Le jeune garçon la regardait faire, il ne cherchait pas à la rattraper. Elle comprendrait. Elle lui écrirait. Dans le livre, son adresse était écrite. Il savait qu'il lui donnerait. Mais du haut de sa vingtaine d'années, il commençait à douter. Avait-il vraiment bien réagi? Pourtant, tout lui avait paru si simple jusque-là. Tout pourrait encore l'être dans le fond… Elle lui écrira...

Alors qu'il était plongé dans ses songes, espérant voir arriver une réponse à ses interrogations, le jeune homme du train poussa la porte et pénétra dans la pièce, semblant à la fois perdu et déterminé. D'un pas faussement désinvolte et innocent, il se dirigea vers William avant de s'adresser à lui presque au hasard.

-         Salut! We have already met, haven't we?

-         Nous étions dans le même train, ce matin, lui répondit William, sans prendre la peine de s'exprimer dans la langue de son interlocuteur, misant, pour décider de la suite des événements, sur la réaction de l'autre, qui vint, tout sourire, accompagnée d'un accent séduisant,

-         Oui! C'est vrai! Je m'appelle Edward. Another coffee? It's on me! J'invite…


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