Épisode quatre
Les valises de William étaient soigneusement alignées près de la porte du studio. À quelques pas, le jeune homme jetait un dernier regard sur la pièce, avant de poser ses yeux sur le miroir accroché dans un coin du petit appartement, adressant un sourire mélancolique au reflet qu'il ne verrait plus. Alors qu'il s'apprêtait à enfiler sa veste, on sonna à la porte. Surpris, il alla ouvrir, se demandant qui pouvait bien venir à quelques heures de son départ. Sa surprise redoubla lorsqu'il vit sur le pallier Zoraïde, dont l'angoisse sembla s'envoler laissant place à une joie non dissimulée à la vue de William.
- William! I hoped you haven't left yet. How are you? Can I come in?
- Zoraïde… Of course, come in! But, I'm sorry, I don't have much time, I want to spend a little time with Edward before my returning to France…
- Oh! So it's your D-Day today! dit Zoraïde, visiblement attristée mais essayant tout de même de garder un air enjoué
- Yes! I go back home! ajouta William sans cacher sa joie.
Un silence gêné s'installa entre les deux amis. L'un et l'autre n'osait lever les yeux. Finalement, la jeune fille se tourna vers William et, d'un ton grave, lui dit:
- You won't write me anymore...
- Zoraïde! Why are you telling me that? You know it's wrong!
- It isn't. You will pretext you have to work a lot, that no time is left to your taking care even of yourself...
- Zoraïde! I won't say that!
- You will!
- Even if I don't reply as you say I will, what does it change? YOU can write me as much as you want, I will be glad to read you!
William ne comprenait pas la réaction de Zoraïde. Il avait pensé qu'ils pourraient tous deux rester amis, mais il savait qu'il ne saurait pas répondre aux exigences de Zoraïde. Elle avait raison, même si William ne voulait pas l'admettre. Que pouvait-il y faire? Il n'avait jamais su tenir une correspondance durable, les choses ne changeraient-elles donc jamais? Sans qu'il ne puisse rien dire, il était déjà condamné à perdre cette amitié qui avait pourtant survécu à des débuts chaotiques... L'heure avançait et Edward devait déjà attendre, William dut mettre fin à l'entrevue.
- I'm sorry Zoraïde, it's time for me to go. I really would have liked us to remain friends…
Zoraïde acquiesça et quitta la pièce. Avant de refermer la porte du studio, elle se tourna vers William et lui dit:
- I don't even have your address in France...
Avant qu'il ne pût réagir, Zoraïde avait disparue. Alors, le cœur tout de même serré, William vérifia une dernière fois qu'il n'avait rien oublié, il enfila sa veste qui était restée dans ses mains le temps de la conversation, prit ses valises et sortit, ayant pris soin de déposer la clé en évidence sur le petit bureau du meublé.
Dehors, la pluie tombait, William savourait la sensation que lui procuraient ces gouttes fraîches sur son visage, lui qui les avait pourtant souvent maudites durant les nombreux mois qu'il avait passé en Angleterre.
Arrivé aux abords de leur café habituel, William vit Edward qui l'attendait dehors. Les deux jeunes hommes s'embrassèrent avant de rentrer dans le café où ils s'installèrent près de la porte. William ne savait que dire à son compagnon. Il était ravi de retourner chez lui, mais face à son ami qui le regardait avec passion, il avait l'irrésistible envie de rester à jamais dans ce café. Edward brisa finalement le silence.
- So… There we are! Impatient de rentrer?
- Oui… Mais tu vas me manquer. I'll miss you.
- Que vas-tu faire quand tu rentres? s'enquit-il accompagné de son accent infaillible
- I don't know… And you, what will you do after I am gone?
- I'm thinking of you… répondit Edward
William sourit. La sensibilité de son compagnon l'amusait. Edward, malgré ses exigences affectives, n'avait vraiment rien du tyran de l'œuvre de Charlotte Brontë. The Professor… Maintenant qu'il était en passe de le devenir, ce mot semblait presque illusoire. Il avait laissé son livre à Zoraïde: une manière involontaire de rentrer dans la réalité désormais.
Alors que William se perdait dans ses pensées, Edward lui saisit tendrement les poignets. William resta un long moment les yeux plantés dans ceux d'Edward. Enfin, dans un souffle, se laissant envahir, peu à peu, par les émotions, il l'embrassa. Affectueusement, Edward finit par le repousser et lui dit:
- You're going to miss your train…
- Je ne veux plus partir, murmura William
- Of course you do, my Professor… lui répondit Edward avec un clin d'œil
- On s'appellera?
- Et on s'écrira.
- Non, s'écria William, on s'appellera et on se verra!
- Only if you go, now!
Sans rien ajouter, poussé par son ami, William récupéra ses affaires et sortit. Dehors, la pluie faisait toujours rage. Il se hâta vers la gare. Arrivé, il composta son billet, pénétra dans le train et s'y installa, avant de regarder à l'extérieur par la fenêtre. Le regard vide tourné dans sa direction, William vit Zoraïde. Il hésita un instant. Le signal du départ retentit, le train s'ébranla. Il s'en rendit compte alors: Zoraïde n'avait plus aucun moyen de le joindre. Ils ne se verraient plus…

