Woolgathering

Épisode six

De Brontë prendre la suite... — Par eriam59 @ 01:31

On sonna. Le miroir toujours accroché dans un coin du petit appartement sourit à William alors que celui-ci allait ouvrir la porte.

-   Good Morning, Mister Faussel! How do you do?

-   How do you do? Good Morning Charlotte! You know you can leave these courtesies! Come in! And speak French for your mum's sake!

La jeune fille entra chez son hôte. Elle semblait radieuse et impatiente de lancer à William les paroles qui lui brûlaient les lèvres. Après que celui-ci eut fini de préparer le thé pour eux deux et fut revenu s'asseoir face à Charlotte, il lui dit:

-   Alors, comment allez-vous depuis ces quelques jours?

-   Je n'en reviens pas que vous ayez pu trouver un logement aussi vite! Comment connaissiez-vous cette adresse? Nous sommes dans l'un des endroits les plus reculés de la ville, les plus chics et les moins chers…

-   C'est ici que j'avais logé lorsque j'étais étudiant. J'espérais pouvoir y revenir lorsque je vous ai suivi en Angleterre et, en effet, ce lieu n'étant pas très connu, ce studio n'était plus loué depuis quelques semaines… lui répondit avec un regard complice William

-   Maman était venue ici?

-   Oui, quelques fois. Elle m'écrivait le plus souvent, nous nous voyions peu.

William et la jeune fille discutaient avec mélancolie et plaisir de leurs vies respectives quand Charlotte le regarda de son air rieur et lui dit:

-   Pourquoi ne nous verrions-nous pas cette après-midi?

-   Charlotte! Je ne sais pas, je ne suis pas sûr que…

-   J'ai quelqu'un à vous présenter, vous devriez bien vous entendre…

La suggestion de la jeune fille interloqua William. Il cligna des yeux plusieurs fois avant qu'elle ne reprît:

-   C'est une bonne connaissance. Il adore la France. J'ai l'impression qu'il manque quelqu'un à votre vie. Vous vous attachez à votre passé, à vos vieilles rencontres, mais où sont-elles maintenant? Rencontrez Mister Dowling. Il va vous plaire.

Charlotte semblait sûre d'elle. Elle laissa William dans son silence quelques instants avant de reprendre:

-   So! 5 o'clock, on Main Street. Ye Old Bronte, it's a nice tearoom. You'll find it, won't you?

-   Mais qui êtes-vous pour décider ainsi de ma vie? rétorqua William

-   Moi? Souvenez-vous, Charlotte Brontë, The Professor, vous êtes le personnage, aren't you? So… Is all OK?

-   I see… Well, I will have no problem in finding it, I know it…

-   Really?

-   Yes, your mother and I met there some years ago, expliqua William dans la langue de Charlotte sans vraiment s'en rendre compte.

-   Well! See you later! dit-elle avant de disparaître du meublé.

William demeura songeur. Charlotte était vraiment une jeune fille très particulière. Il se souvenait bien de ce salon de thé. La mère comme la fille l'avaient choisi comme lieu de rendez-vous… Il y avait rencontré Edward, et maintenant?

À l'heure du rendez-vous, William arriva devant le salon de thé. Quelques minutes plus tard, Charlotte déboucha d'une petite rue en compagnie d'un homme au visage frêle mais agrémenté d'un sourire espiègle, enveloppé dans une redingote marron glacé à l'air fatigué et aux boutons nonchalants sur laquelle reposait une large besace qui lui donnait à elle seule une allure d'adolescent. Le style de cet homme, qui semblait pourtant un peu plus âgé que William, fit sourire ce dernier, mais il ne put réprimer le vif intérêt que cet apparent marginal suscita en lui. Celui-ci se pencha vers Charlotte pour lui murmurer à l'oreille quelques mots qui la firent sourire et acquiescer.

S'étant rejoints, selon la vieille coutume anglaise, les deux hommes attendirent d'avoir été présentés pour s'adresser l'un à l'autre.

-     Hello Mister Dowling! Very glad to meet you!

-     So am I, Mister Faussel. Charlotte told me a lot about you! répondit Dowling.

-     Really? s'exclama William, tournant en direction de Charlotte un regard surpris.

-     Entrons! ajouta cette dernière avec entrain, poussant les deux homme à la suivre.

Autour de leur tasse respective, la discussion devint vite enjouée entre les trois compagnons. William fut rapidement séduit par l'attitude rêveuse et décalée de Dowling qui s'évadait fréquemment auprès de la littérature française dont il récitait avec un accent anglais ravissant les plus célèbres passages: il était écrivain et féru de cette littérature, pour lui, étrangère.

Au fil de la discussion et sous les regards amusés et victorieux de Charlotte, William et Dowling développaient une connivence qui finit par mettre la jeune fille à l'écart. William continuait cependant à la regarder du coin de l'œil et à lui adresser des sourires d'approbation et de remerciement: la suite de l'histoire importait peu, il passait un agréable moment. Mais n'était-il pas trop vieux pour débuter une carrière de héros romanesque?

Charlotte finit par se lever et quitter les deux hommes qui l'embrassèrent joyeusement.

-     "À nous deux maintenant!" énonça Dowling, se retournant vers William.

-     Mister Dowling, je suis ébahi de vous entendre réciter autant de classiques français!

-     Non, appelle-moi Doran maintenant.

-     OK, "And then thou lov'st me for my name is Will." lui répondit-il avec un clin d'œil.

La réaction de Doran ne se fit pas attendre et celui-ci ajouta rapidement, tout sourire:

-     Well… Another coffee? It's on me…

 


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