Woolgathering

Edgar Allan Poe - Letter to Sarah Helen Whitman, 18th October 1848

Anthologie — Par eriam59 @ 10:36

 [...] You do not love me; or you could not have imposed upon me the torture of eight days' silence —of eight days' terrible suspense. You do not love me or, responding to my prayers, you would have cried to me "Edgar, I do." Ah, Helen, the emotion which now consumes me teaches me too well the nature of the impulses of Love! Of what avail to me, in my deadly grief, are your enthusiastic words of mere admiration? Alas; alas! I have been loved, and a relentless Memory contrasts what you say with the unheeded, unvalued language of others. But ah, again, and most especially you do not love me, or you would have felt too thorough a sympathy with the sensitiveness of my nature, to have so wounded me as you have done with this terrible passage of your letter: "How often I have heard men and even women say of you 'He has great intellectual power, but no principle no moral sense.' " Is it possible that such expressions as these could have been repeated to me —to me— by one whom I loved ah, whom I love, by one at whose feet I knelt, I still kneel, in deeper worship than ever man offered to God? And you proceed to ask me why such opinions exist. You will feel remorse for the question, Helen, when I say to you that, until the moment when those horrible words first met my eye, I would not have believed it possible that any such opinions could have existed at all: but that they do exist breaks my heart in separating us forever. I love you too truly ever to have offered you my hand ever to have sought your love had I known my name to be so stained as your expressions imply. Oh God! what shall I say to you Helen, dear Helen? let me call you now by that sweet name, if I may never so call you again. [...]


Michael Cunningham - Les heures (The Hours, traduction de Anne Damour), Mrs Woolf (1)

Anthologie — Par eriam59 @ 10:31

[...] Elle devrait prendre un petit déjeuner mais ne peut supporter l'interruption qui s'ensuivrait, le contact avec l'humeur de Nelly. Elle va écrire pendant une heure environ, puis avaler quelque chose. S'abstenir de manger est un vice, une sorte de drogue – avec l'estomac vide elle se sent rapide et libre, lucide, prête à se battre. Elle boit son café, s'assied, étire les bras. C'est une expérience des plus singulières, de se réveiller avec le sentiment que la journée sera bonne, de s'apprêter à travailler mais sans s'y mettre vraiment. À ce moment, il y a d'infinies possibilités, des heures entières qui s'étendent devant elle. Son esprit bourdonne. Ce matin, elle va peut-être pénétrer l'opacité des choses, les canaux obstrués, atteindre l'or. Elle le perçoit au fond d'elle-même, un autre soi presque indescriptible, ou plutôt un soi parallèle, un second soi plus pur. Si elle était croyante, elle l'appellerait l'âme. C'est une chose qui dépasse la somme de son intelligence et celle de ses émotions, qui dépasse la somme de ses expériences, encore qu'elle les parcoure toutes les trois comme des veines de métal brillant. C'est une faculté interne qui reconnaît les mystères mouvants de l'univers parce qu'elle est faite de la même substance, et lorsque la chance lui sourit elle peut écrire directement grâce à cette faculté. Écrire dans cet état lui apporte la plus intense des satisfactions, mais elle ne sait jamais à quel moment elle pourra y accéder. Elle peut prendre son stylo et laisser sa main suivre sa trace sur le papier; elle peut prendre son stylo et découvrir qu'elle est simplement elle-même, une femme en robe d'intérieur armée d'un stylo, craintive et indécise, moyennement compétente, ne sachant par où commencer ni quoi écrire.

Elle prend son stylo.

Mrs Dalloway dit qu'elle se chargerait d'acheter les fleurs.


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