Woolgathering

APARTÉ

Apartés — Par eriam59 @ 12:24

Et la lumière fut…

 

Je me présente : M Vanrobays. J’habite avec mes six enfants et ma jeune femme, dans la courée Dekien, dans notre belle ville textile de Roubaix, au XIXèmesiècle.

La vie dans nos petites masures est difficile. De plus, notre courée est très sombre : un grand mur la coupe en son milieu. Personne ne sait ce qui se passe derrière, personne n’oserait aller voir. On raconte des choses étranges sur ce qui se passe là-bas, derrière.

La nuit, parfois, on entend des voix, comme des murmures. Certains racontent que des revenants habitent dans le prolongement de notre courée, d’ailleurs, c’est pour cela que le mur est là, pour empêcher les mauvais esprits de venir hanter nos jours et nos nuits.

Mais tout de même, il faudra bien, un jour, que l’on sache ce qu’il y a vraiment derrière ce mur… De toute façon, il ne résistera plus longtemps au poids des années. Déjà, des fissures apparaissent. Légères, bien sûr, mais les briques du haut du mur commencent à tomber. Nos voisins pensent que les esprits qui résident près de chez nous s’amusent à lancer les pierres dans notre courée. S’ils continuent, nos enfants vont se faire assommer! Nos femmes ne les laissent plus sortir ni aller au fond de la courée… Bien sûr, ces petits drôles profitent toujours d’un moment d’inattention de leur mère pour filer vers le mur regarder à travers les fissures dans l’espoir de voir derrière. Je les comprends ces gamins, à leur âge, ils ne peuvent pas rester enfermés tout le long du jour… Et puis, ils finiront par voir, alors, nous saurons, nous aussi…

Depuis quelques jours, tous les habitants de notre courée deviennent exécrables. Nos conditions de travail ne font qu’empirer, notre cadre de vie aussi.

Alors, le moindre titillement de l’un ou de l’autre risque de finir en bagarre générale. Mais le mur faibli de jour en jour et nous sommes aussi très inquiets de ce qu’il pourrait arriver…

Et voilà que M Desmytter s’amuse à provoquer l’un de nos plus susceptibles voisins. La bagarre va finir par éclater…

Ce qui menaçait d’arriver vient de se déclencher : M Desmytter et M Bullaert sont tous les deux en train de se battre comme chien enragés. L’un tombe, se redresse, saute sur l’autre qui, à son tour, chute mais entraîne à sa suite le premier et la lutte continue, au sol, cette fois, jusqu’à ce que l’un des deux arrive à se relever alors ils se poussent mutuellement. Et voilà que le plus faible cède, il se laisse jeter contre le mur qui ne tient plus. Des briques assez basses tombent de l’autre côté. Une lumière blanche, intense, pure, nous éblouit. Voilà bien des années que la lumière ne nous était pas apparue de cette manière. D’ailleurs, on voit bien que cette lumière n’est pas réelle. Elle ne vient pas de notre monde. C’est sûr, de l’autre côté, c’est le paradis!

Les combattants se regardent hébétés, tandis que les mères couvrent les yeux de leurs enfants. Même les plus vaillants ont un mouvement de recul. Notre peur est mêlée d’une curiosité dévorante : si le paradis se trouvait vraiment derrière ce mur, alors, nos problèmes pourraient disparaître…

Cependant, la peur et la raison nous ont convaincu de rentrer chez nous. Nous nous cloîtrons dans nos masures et nous nous y enfermons.

Quelques minutes plus tard, une voix nous interpelle, on nous appelle de l’extérieur. À travers les murs fins de nos maisons, nous discutons : Faut-il aller voir ? Qui ?

Alors, M Desmytter, M Bullaert et moi-même décidons de sortir.

Quelle surprise avons-nous eue en arrivant devant le mur. D’autres briques étaient tombées, et, le vide laissé par leur chute nous laissait entrevoir ce qu’il se passait réellement derrière.

Etonnés par ce spectacle, nous avions oublié ce pour quoi nous étions venu lorsque l’on nous ramena à la réalité. Un homme se trouve dans notre courée, il s’approche de nous et il se met à nous raconter sa vie, ou plutôt, notre vie. Cet homme, en effet, n’est autre que notre voisin. Certes, il n’habite pas la courée Dekien, mais la courée Dubar. Les voix que nous avions longtemps prises pour des gémissements de fantômes étaient en réalité celles des habitants de cette courée. Derrière le mur, et c’est ce que nous venions de voir à travers le trou qui s’était formé avec la chute des briques, se trouve une seconde courée, plus lumineuse que la nôtre puisque davantage exposée au soleil. Il faut que nous abattions ce mur, réunissons nos deux courées!

Chacun part appeler femme et enfants et après quelques minutes passées à détruire le mur, voilà enfin les courées Dekien et Dubar réunies ! Tout le monde s’embrasse, on fait la fête, on est heureux.

D’une certaine manière, derrière le mur, il y avait vraiment le paradis : un lieu de lumière et de joie…

 


APARTÉ

Apartés — Par eriam59 @ 02:02

À V...

Cela fait longtemps maintenant

J'ai toujours veillé sur maman

Tu sais, ils étaient tous venus

Des larmes, ils en ont tant perdu

Je ne savais plus m'exprimer

Ta vision m'a paralysé

Et il ne faut pas m'en vouloir

Je ne t'ai pas dit "au revoir".

 


APARTÉ

Apartés — Par eriam59 @ 01:44

Juillet 2005 - Souvenir

Si Beaumarchais avait été là...

 

 (Marceline est employée comme femme de ménage dans une entreprise multinationale dont l'intégralité des dirigeants sont des hommes. Lors d'une réunion entre cadres, elle est appelée afin de nettoyer une tache de vin que l'un d'eux venait de faire sur la moquette du bureau. Indifférents à sa présence, les hommes continuent leur discussion.)

 

Un cadre: Savez-vous ce que m'a annoncé ma femme hier soir? Elle veut créer son entreprise!

(Les hommes éclatent de rire)

Le patron: Non, vraiment, c'est de la folie. Et que lui avez-vous répondu?

Le cadre: Que l'espoir la faisait peut-être vivre, mais que seul mon salaire pouvait la nourrir.

(Marceline se redresse, offusquée. Personne ne la remarque.)

Le patron: Vous avez bien fait. Si les femmes deviennent gérantes d'entreprises, où va-t-on?

Marceline: Et pourquoi je vous prie?

(Les hommes se retournent vers elle)

Le patron: Je vous demande pardon?

Marceline: Pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas gérer une entreprise aussi bien qu'un homme?

Le patron: Mais c'est pourtant évident! Notre métier est un métier à responsabilités, il demande force de caractère et d'esprit. Une femme ne peut pas supporter de telles charges!

Un cadre: oui, tout à fait, il y a aussi les enfants dont il faut s'occuper. Ne cherchez pas à défendre une cause que vous ne connaissez pas, nettoyez la tache par terre.

Marceline (en colère): Alors là! C'est un peu fort! Premièrement, sachez qu'une femme n'est pas qu'une serpillière. Ensuite, vous me donnez là un merveilleux argument: si une femme est capable de gérer un foyer et de mettre au monde et de s'occuper d'enfants, elle est donc tout à fait apte à gérer une entreprise. S'occuper d'un foyer réclame de la responsabilité, et de nombreux hommes ne sont pas capables de le faire s'ils n'ont pas un revenu leur permettant tous les excès…

Le patron: Allons, allons, soit, une femme est capable de gérer un foyer, mais dans notre métier, il faut savoir faire des concessions, satisfaire la majorité. Les femmes sont arrivistes, elles en veulent trop, ce n'est en rien le profil d'un chef d'entreprise. On ne s'occupe pas d'employés comme d'enfants.

Marceline: Vous avez peur! Vous avez peur des femmes, peur qu'elles prennent votre place!

(Les hommes se regardent mal-à-l'aise)

Un cadre: C'est délirant! Messieurs, entendez cela. Nous? Nous aurions peur des femmes? Mais nous ne pourrions avoir peur d'elles que si elles nous étaient supérieures. On nous appelle "sexe fort", est-ce pour rien?

Marceline: Je le conçois. Les mots vous donnent peut-être raison par leur sens, mais par leur forme, ils sont égaux: "femme" et "homme" comptent le même nombre de lettres, mais on vous a ajouté un "h" pour cela… De plus, si vous ne considériez pas les femmes comme des jouets dérisoires, elles n'auraient aucune raison de se battre et de lutter au détriment de leur vie pour réussir. Vous nous faites devenir arrivistes, nous ne le sommes pas à la naissance…

Le patron: Cette discussion tourne à la comédie. Reprenons chacun notre rôle: les hommes à la gestion de l'entreprise, la femme au ménage. Madame, apprenez que si les femmes ne dirigent pas les entreprises, c'est parce qu'elles sont souvent trop sûres d'avoir raison et que leur confiance démesurée en elles ne leur laisse pas le temps de chercher des arguments à leur propos.

(Les cadres regardent leur patron, certains amusés, d'autres gênés)

Marceline: Alors d'après vous, les femmes ne savent pas argumenter? Mais je vois parmi vous (elle se tourne vers l'assemblée) des gens changer d'avis et se rallier à ma cause. Serait-ce à cause de mes maigres arguments ou du ridicule des vôtres? Vous venez de conclure notre discussion par un argument —si on peut appeler cela ainsi— que j'ai réfuté par le simple fait de m'adresser à vous tout à l'heure: il y a longtemps que la tâche de vin sur cette moquette serait partie si je n'avais pas eu d'arguments…

(Les hommes semblent changer d'opinion)

Un cadre: Elle n'a pas tort. (Il s'adresse au patron) Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur, je partage l'avis de cette femme. Elle vient de faire preuve d'une rhétorique sans faille.

Le patron: suggériez-vous qu'une femme serait donc tout à fait capable d'être à ma place?

Un cadre: Nous n'en sommes pas encore là, mais pourquoi un femme, ou deux, ne feraient pas partie de notre équipe?

Un autre: Oui, mais pour quel rôle?

Le patron: Jusqu'à preuve du contraire, je dirige encore cette entreprise… (Les cadres semblent déçus) Mais il est vrai qu'un peu de féminité ne ferait peut-être pas de mal à notre assemblée…

Marceline: À propos, votre secrétaire m'a chargée de vous transmettre les résultats des élections pour la présidence du MEDEF qui se déroulaient ce matin

Le patron: Ah?

Marceline: Il semblerait que votre patron soit désormais… une femme.


Creer un Blog Signaler un abus sur ce blog