APARTÉ
Être deux en soi.
Dans le ventre, une agitation, une palpitation, presque un souffle. Il y a comme une fusion, mes pensées sont tiennes. Derrière une peau tendue, ronde comme un ballon, de jour en jour, l'infiniment petit devient un avenir. Le contact de ma main sur la rondeur de mon ventre, encore invisible aux regards sévères des aveugles, me donne ce petit frisson du se-sentir-aimée.
La rondeur de mon ventre… Plaisir du petit secret. Je te vois, moi, tu es là, je suis la seule à savoir. Même la moitié de toi est encore aveugle à la forme que tu me donnes. Il y a une harmonie en moi. Il y a cet être qui connaît mes pensées, et je peux lui raconter ma vie. Personne ne peut intercepter les mots qui cheminent sur cette voie. C'est la route de toutes mes peines, de toutes mes joies, elles peuvent enfin sortir librement et te rejoindre.
Le ventre rond. La main sous la poitrine, l'autre dans le bas du ventre, je te tiens, comme un petit objet fragile, de peur que tu ne tombes. Et en même temps, c'est une manière de t'exposer, de te montrer. Tu es encore si petit, mais j'aime tellement que les gens te remarquent.
Ventre énorme. Je ne te supporte plus beaucoup. Tu me déformes, me fais souffrir, la magie est rompue, le secret aussi. Tu exprimes mes joies, mes peines, par tes mouvements, tu me trahis. Je ne te tiens plus, je te laisse te porter tout seul, de toute façon, les gens te remarquent suffisamment, mes gestes n'ont plus besoin de leur dire. Je ne veux plus te vivre comme cela. Va-t-en. Viens. J'étais deux, maintenant, nous sommes trois. Ça suffit maintenant. Je ne veux plus. Plus comme ça. Quitte-moi. Rejoint-nous. Mes yeux te réclament. Pleurs ! Vie ! Existe…
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