Épisode trois
Le signal d'entrée en gare retentit. Le jeune William, dont le livre ouvert était encore dans les mains, sourit à sa voisine, avec qui il était en train de discuter. Tous deux étaient arrivés à destination. Tout en rassemblant leurs affaires, ils continuaient leur discussion. William, d'un oeil discret, regarda l'autre jeune homme, assis deux sièges plus loin, qui s'apprêtait aussi à quitter le train. Il aurait bien voulu faire connaissance avec ce garçon mystérieux...
- I have been very glad to meet you, William, dit Zoraïde.
- So have I! Maybe we will meet again, some time!
- We shall! If you're free, we can meet this afternoon on the town…
- Yes, we can, I'm free, lui répondit William, avec un clin d'œil.
- I know a nice tearoom, on Main Street, Ye Old Bronte, would it please you? Unless you have another idea.
- No I don't, your idea sounds very good! About 4 o'clock there?
- It's okay! À tout à l'heure, envoya Zoraïde avec son profond accent anglais.
L'autre jeune garçon sourit à William dont il avait remarqué les regards insistants. Les trois jeunes personnes descendirent du train et prirent des chemins différents.
À l'heure du rendez-vous, William arriva au salon de thé. À sa surprise, Zoraïde ne s'y trouvait pas encore. Cependant, il s'installa à une petite table dans le fond de la pièce, sortit son livre et se mit à lire en attendant la venue de sa nouvelle amie. Lorsqu'elle arriva, elle se mit à rire. William leva les yeux.
- Still reading! s'exclama-t-elle,
- Yes, always reading! I love this novel! I have read it three times at least, and I still read it with the same pleasure! répondit William, avec un engouement non camouflé.
Zoraïde s'installa en face de lui, il posa son livre sur le coin de la table et ils entamèrent une discussion enjouée, abandonnant tour à tour leur langue maternelle. Soudain, William aperçut derrière la vitrine du salon de thé le garçon qu'il avait croisé dans le train le matin même. Ce jeune homme avait un certain charme et William se sentait de plus en plus attiré par ce garçon. Jamais encore il n'avait rencontré de jeune homme qui avait suscité autant son intérêt.
À l'appel de Zoraïde, qui avait remarqué son inattention, il sortit de ses pensées pour retrouver la conversation de la jeune fille. Tentant alors de captiver à nouveau William, celle-ci lui demanda:
- So, what this perfect novel is about?
- You mustn't sum up Charlotte Bronte's Professor! rétorqua avec un empressement amusé William, dont la passion venait d'être titillée.
- Oh! Then, what would you tell to have me in the mood for reading it?
- It's a beautiful story! I have wanted to become a teacher since I first read it, répondit-il en faisant glisser le livre vers Zoraïde, Take it! It's for you, ajouta-t-il.
- Une belle histoire… répéta la jeune fille, revenant à la langue de William.
William était ravi de pouvoir partager ses goûts avec quelqu'un d'autre. Il avait eu plusieurs fois l'occasion de discuter avec Zoraïde depuis son arrivée au détour des trains dans lesquels ils se croisaient fréquemment. La jeune fille avait alors gagné toute sa sympathie et son amitié. Mais William ne resterait pas très longtemps en Angleterre, quelques mois, certes, mais les jours passaient si vite! Cependant, il espérait garder un lien étroit avec cette rencontre étonnante. Alors que William prospectait en l'avenir, son amie se pencha vers lui d'un air grave, le regard sombre, et lui murmura:
- What are you waiting for?
- Pardon? Sorry! Sorry? Waiting for… What do you want? bégaya-t-il, surpris
- Kiss me! Embrasse-moi!
- Que je… Quoi? Non… No, I can't…. I… Tu... You're...
Elle ne pouvait pas avoir demander cela! William ne savait comment réagir. En un clin d'oeil, il avait vu s'effondrer devant lui tous ses espoirs d'amitié durable avec Zoraïde. À nouveau, il se sentait prisonnier, prisonnier de lui-même, prisonnier des exigences de ses fréquentations et de son destin... William reprenait peu à peu ses esprits, mais ce qu'il lui arrivait lui échappait toujours. Finalement, après un long moment, il finit par répondre à Zoraïde:
- I'm sorry. I don't want, I don't desire it. You're very nice, but I don't feel like having something else than friendship. I really do want you as a friend. But I can't love you as you want me to do...
Abasourdie, Zoraïde fixait les yeux de William. Elle semblait avoir perdu tout sentiment. Mais son regard jurait avec l'expression de son visage qui révélait toute la déception et le regret qu'elle ressentait. Elle choisit enfin de récupérer son sac et le livre de William, de se lever et de fuir le salon de thé.
Le jeune garçon la regardait faire, il ne cherchait pas à la rattraper. Elle comprendrait. Elle lui écrirait. Dans le livre, son adresse était écrite. Il savait qu'il lui donnerait. Mais du haut de sa vingtaine d'années, il commençait à douter. Avait-il vraiment bien réagi? Pourtant, tout lui avait paru si simple jusque-là. Tout pourrait encore l'être dans le fond… Elle lui écrira...
Alors qu'il était plongé dans ses songes, espérant voir arriver une réponse à ses interrogations, le jeune homme du train poussa la porte et pénétra dans la pièce, semblant à la fois perdu et déterminé. D'un pas faussement désinvolte et innocent, il se dirigea vers William avant de s'adresser à lui presque au hasard.
- Salut! We have already met, haven't we?
- Nous étions dans le même train, ce matin, lui répondit William, sans prendre la peine de s'exprimer dans la langue de son interlocuteur, misant, pour décider de la suite des événements, sur la réaction de l'autre, qui vint, tout sourire, accompagnée d'un accent séduisant,
- Oui! C'est vrai! Je m'appelle Edward. Another coffee? It's on me! J'invite…
Commentaires
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Bon, quand on sait que ledit Edward va se faire plaquer comme un malpropre dans quelques textes, on n'est pas aussi surpris qu'on le devrait par le côté "mou du genou" de William ;) Beau texte, à la hauteur des précédents. La seule chose susceptible de faire tiquer, à la limite, c'est la constatation de William " Arf, non, je peux pas l'embrasser, j'ai trouvé beau le garçon du train" qui tombe un peu rapidement... Mais la fluidité globale du texte corrige la chose ;) Et puis, c'est retravaillable et bien écrit, donc :)
~♥
Par Emmanuelle — 26 mar 2008, 21:00