APARTÉ
X-Y
Dans la pénombre de la pièce, on ne devine plus que ces deux corps blottis l'un contre l'autre. Leurs mains voyagent déjà le long de leurs formes angulaires et leur chair commence à s'animer. Elle sent les doigts de l'amant qui l'étreignent avec détermination et s'en gonfle de bonheur.
Tu te joues de ma personne et me fais sentir à quel point tu t'enorgueillis de l'avantage que je te laisse prendre sur moi. L'ensemble de mes muscles est aux aguets. Tout en toi me fait frissonner et ta puissante virilité me prend la mienne dans un élan de fureur passionnelle qui ne me laisse plus d'autre choix que celui de me plier à ta volonté. Alors que mes yeux essayent d'attraper les tiens si loin derrière moi, tes mains rudes sont agrippées à mes hanches et bientôt je ressens la douleur aiguë de notre rencontre qui m'emplit pourtant d'une joie profonde. Cet instant éphémère où ta fermeté agite mes sens est aussi doux que l'ensemble des caresses que tu me procures, qui enflamme ma chair et avec elle la force de notre passion. Les quelques éclats rougeoyants qui se perdent dans les plis de nos draps te rappellent ces joailleries dont tu fais aussi ta richesse. Enfin, tu m'abandonnes et l'impatience de nos baisers te ramène bientôt sous mon corps exsangue. Alors, retrouvant mon ardeur, je m'apprête à te remercier de ce que tu m'as offert et te laisser jouir des mêmes saveurs. Tes murmures et tes soupirs s'envolent dès lors mêlés aux miens dans les hauteurs de cette alcôve divine: Je t'aime… Mon ange…
Les mots tendres se cognent aux murs de la pièce. Le lit frémit. Les draps se cajolent. Les oreillers soupirent. Les deux hommes, perdus au milieu de cette passion, s'effleurent d'une violente douceur. Un par un, leurs muscles se détendent pour mieux se contracter la seconde suivante. L'air est empli de la sincérité de leur amour. Cette atmosphère jalousement nauséabonde me repousse et passionne mes sens. Je jette un dernier regard à leur Eden avant d'en refermer la porte doucement. J'abandonne ainsi cet improbable fantasme. Éternelle spectatrice, jamais je ne serai l'un d'eux, et pour toujours suis condamnée à la jouissive perfidie dissolue de mon rang.
Commentaires
Commenter
(*) Ces champs sont obligatoires.

