Woolgathering

13 mai, 2008

APARTÉ

Apartés — Par eriam59 @ 10:04

De Brontë...

  Bradford,le 2 juin 1997,

Voilà bien longtemps que je n'avais plus eu envie de m'asseoir au bureau, d'ouvrir la couverture de cuir usé de mon journal, de tremper d'encre la bille du stylo et d'écrire les quelques souvenirs quotidiens… Mais peut-être sont-ce les événements de ces derniers jours qui m'y poussent irrésistiblement…

Cela va faire quelques mois maintenant que je suis ici, à Bradford, à quelques kilomètres du berceau de trois jeunes sœurs dont l'une m'a révélé, il y a quelques années, ma vocation. Charlotte Brontë, The Professor. Une belle histoire.

Cependant, la mienne n'a pas grand-chose à voir avec celle du héros romanesque dont je partage le nom. Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, l'Angleterre a placé dans mon entourage des caractères aux noms dignes de l'imagination de la Brontë… En effet, voilà maintenant quelques semaines que j'ai repris contact avec Zoraïde, singulière rencontre de mon Londres-Bradford ferroviaire hebdomadaire. Repris contact… Évidemment… Les débuts de notre amitié furent quelques peu chaotiques: avoir été coiffée sur le poteau par un homme dans la course à la séduction n'a pas dû être chose facile à admettre pour elle… Mais les choses, depuis, se sont remises et Zoraïde et moi entretenons une correspondance plus ou moins régulière selon le temps que je prends ou dont je dispose pour lui répondre…Oui, encore et toujours, William fait des siennes et tarde à la plume…

Mais est-il vraiment nécessaire de parler de soi dans un journal puisque le seul lecteur qu'il est censé avoir nous connaît déjà par cœur, partageant notre vie et notre lit depuis nos premières heures? Aussi, ce n'est pas de cet idiot de William Faussel dont je vais parler mais plutôt de ses deux merveilleuses rencontres britanniques.

Tout d'abord, parlons de Zoraïde. Dans ses dernières lettres, elle semble beaucoup plus moraliste qu'auparavant. Sans cesse, elle me reproche mon attitude envers la vie, envers Edward... Pour elle, je suis démesurément fataliste. Bats-toi, Fight! écrit-elle, mêlant, comme toujours, sa langue maternelle, qu'elle refuse d'abandonner (afin que j'apprenne à me repérer dans les dédales de la langue anglaise comme me l'a-t-elle à maintes reprises répété) au français, dont ruelles comme grands boulevards lui sont parfaitement inconnus à l'exception de quelques bribes puisées au hasard de magazines ou séries télé à la mode. Mais Zoraïde c'est aussi une amie bien que de plusieurs années mon aînée. Elle agit avec moi comme une grande sœur un peu tyrannique, mais qui vise surtout à ma réussite et mon bien-être. Elle est impitoyable et si juste, au fond…

Cependant, la figure pour laquelle j'ai une affection nettement plus marquée est, sans conteste, Edward. Quel garçon formidable! Je ne pensais pas, arrivant à Bradford, rencontrer l'amour et encore moins le rencontrer sous cette "forme"… En effet, je suis loin des seins rebondis et des cheveux longs relevés en chignon ou lâchés en vrac sur le dos et les épaules… Non, Edward est un homme, un vrai, les cheveux courts, la voix profonde, le torse et le poil durs! Et c'est ce profil qui, contre toute attente et surtout la mienne, m'a séduit. Tout est allé si vite que je n'ai pu me poser de question, et après tout, ce n'est peut-être pas plus mal… Le train, Edward, Zoraïde, le salon de thé, Edward: tout s'est enchaîné sans que je ne puisse y mettre le moindre frein. Mais peu importe, désormais je partage ma vie d'amoureux transi avec lui, me nourrissant de ses paroles autant que de ses lèvres, le laissant me protéger, être la cloison qui délimite ce merveilleux jardin où nous vivons notre idylle et où les arbres donnent des fruits délicats qu'il est seul à savoir accommoder avant de les porter à ma bouche. Il est à la fois sûr de lui et tellement fragile. J'ai le sentiment de n'être qu'un jeune débutant à côté de lui mais au fond, si peu d'années nous séparent. Edward m'abreuve pourtant de connaissances bien qu'il puise aussi parmi les miennes: il fait des progrès extraordinaires en français depuis que nous sommes ensemble! Nous ne parlons presque plus dans sa langue maternelle ou seulement pour le plaisir! Il m'a déjà promis de venir en France le plus souvent possible lorsque sonnera l'heure du retour. Il m'encourage dans mon ambition et fait ce qu'il peut pour que j'y parvienne, même si Zoraïde prétend le contraire. Je sais, moi, que je peux lui donner ma vie entière!

Ainsi, voilà ce que sont mes jours à Bradford. Je travaille, certes, mais mes temps libres sont consacrés à Edward et je ne vois pas le bonheur ailleurs que dans ses bras. Il est maintenant l'heure où le journal doit se fermer et la vie reprendre son cours en marche normale et non plus à reculons. Peut-être se rouvrira-t-il d'ici peu!


Commentaires

  1. ça a quelque chose de particulièrement ironique de lire ce texte après avoir lu celui du dessus... ^^;;; Surtout quand on connait la suite. Mais c'est aussi ce qui fait le charme des aventures de cette vieille larve de William ( cédons à la geek-attitude : lol ! ) ^o^

    Par Emmanuelle — 02 jui 2008, 18:46


Commenter

Pages de commentaires:
Commenter

  authimage

(*) Ces champs sont obligatoires.

«  Edgar Allan Poe - Annabel Lee   :: Woolgathering ::   Anna Gavalda - Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, I.I.G.  »

Creer un Blog Signaler un abus sur ce blog